Diplômé en design industriel à l’ENSCI, Patrick Jouin est l’un de nos plus grand designers, avec des créations qui font partie des collections du MoMa ou encore du Centre Pompidou, pour n’en citer que deux, et à qui l’on doit, entre autres, le design du Vélib V.1, ou encore de la chaise Solid, éditée par MGX. Associé au designer d’espace Sanjit Manku avec qui il a créé l’agence d’architecture et de design d’espace Jouin Manku il y a 13 ans, Patrick Jouin redécouvre depuis le potentiel du matériau bois. Visite de son atelier et de ses dernières créations.

C’est par une chaude journée du mois de juin, que Patrick Jouin nous reçoit tout aussi chaleureusement dans son studio du 11ème arrondissement parisien. Il souhaite ce jour-là mettre en avant un matériau, le bois, et expose dans une grande pièce, ses dernières créations réalisées avec différentes essences. On y trouve pêle-mêle des lunettes, des panneaux muraux, des chaises, des tables, des meubles de bar, mais aussi des petits morceaux de bois qu’il a glané de ci, de là et qui ont constitué pour lui une source d’inspiration. « C’est peut-être parce que le bois est, en école de design, utilisé principalement pour réaliser des prototypes, que nous oublions souvent ensuite, dans l’exercice de notre métier, tout son potentiel. Or, avec les progrès réalisés au cours des dernières années dans ses techniques de transformation, il est désormais possible d’utiliser le bois dans de nouveaux champs d’application », explique-t-il. Exemple: les centres d’usinage à commande numérique qui ont permis au designer de mettre au point la nouvelle collection de panneaux sculptés de Marotte. « Grâce aux 5 axes, j’ai pu travailler les panneaux avec des empreintes, faites de creux et de pleins, qui créent des motifs subtils, graphiques et dégradés sur des panneaux vierges en MDF ». Cette nouvelle collection, baptisée Rencontre et présentée par l’éditeur à Architect@work Paris, est composée de six grandes familles et disponible depuis la rentrée de septembre, en huit couleurs.

Economies de matière

Les nouvelles technologies de travail du bois permettent également de faire des économies significatives de matière, ce qui s’avère indispensable de nos jours. « On peut désormais épurer au maximum son dessin et tailler de manière précise le précieux matériau pour minimiser les chutes », poursuit le designer. Exemples: la chaise Hera, éditée par Pedrali, aux formes fluides et raffinées, ou encore la table ronde Lebeau Wood imaginée pour Cassina, composée de 22 lattes de frêne massif cintré. « J’ai de plus en plus recours au bois, confirme Patrick Jouin, le matériau peut être désormais usinable à l’infini, sans perte de matière. il apporte au design une touche chaleureuse particulière tout à fait compatible avec un design sobre et épuré ». Pour preuve: le designer travaille le matériau pour concevoir du mobilier édité par Cassina, Pedrali, mais aussi par Fiam (collection Magma) ou Porada, des revêtements muraux et même des lunettes (collection Capsule de Hakino) employant du lamellé collé cintré et des essences comme l’acacia torréfié, l’amarante ou le buginga. Tout un exploit de finesse et d’élégance.

Travail de fond

Utiliser un matériau qui fait appel aux sens et qui est, à la fois, capable de nous évoquer un savoir-faire artisanal, en ayant recours à des technologies de pointe est, probablement, l’une des clés du travail de Patrick Jouin. Curieux, expérimental, il met par exemple au point, depuis peu, ses designs avec des logiciels utilisés jusqu’ici uniquement dans l’industrie aéronautique. La matériauthèque de son studio est pleine à regorger de découvertes, tissus, métaux, bois, dont il peut envisager de détourner l’usage. C’est de cet esprit là que naissent ces oeuvres, élégantes, subtiles et chaleureuses.