Réceptionné en février 2019, le nouvel auditorium André-et-Liliane-Bettencourt de l’Institut de France offre une acoustique sur mesure. Celle-ci permet aussi bien de suivre des conférences et des cours magistraux que de profiter de concerts de musique de chambre. Un bel exemple à suivre d’agencement soucieux du son.

C’est en 2011 que l’atelier d’architecture Marc Barani remporte l’appel d’offres lancé par l’Oppic (Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la Culture) pour construire sur la parcelle patrimoniale dite « de l’An IV » un bâtiment reliant les différentes ailes de l’Institut de France. La réalisation devait abriter un auditorium de 350 places, des bureaux et des salles de réunion. « Il s’agissait d’une enclave très complexe du fait de son aspect patrimonial et de sa situation géographique, à savoir sans façade sur rue et enchevêtrée parmi d’autres bâtiments typiquement parisiens du 6e arrondissement », explique Julien Campagne, chef de projet pour l’atelier Barani. L’intention du cabinet se dessine alors en fonction de ces contraintes, qui deviennent la force du projet : « Nous avons conçu cet ensemble de 2 500 m2comme un palimpseste, en gardant la trace du passé, notamment au niveau archéologique en suivant le trajet du mur de Philippe Auguste. Mais aussi en conservant d’autres éléments comme la halle, inaugurée en 1900 par le tsar Nicolas II, où se situe désormais l’espace d’accueil. Le fil conducteur : la lumière véhiculée par deux grandes verrières, et les matériaux pierre et bois évoquant les autres symboles forts de l’Institut de France que sont sa coupole et sa bibliothèque. »

Parfait mariage du bois et de la pierre

C’est donc l’ancien mur de Philippe Auguste, en trop mauvais état pour rester visible, qui sert de soubassement en pierre à l’auditorium de 460 m2. Dessus prend place une double coque en béton, mais ce sont les éléments en bois assurant l’acoustique qui dimensionnent l’ensemble du projet. « Les académiciens se sont montrés très exigeants quant aux futures fonctions de l’auditorium, dont ils se servent, mais qui peut aussi être loué pour d’autres besoins. Nous avons donc travaillé avec l’acousticien Jean-Paul Lamoureux pour imaginer cinq scénarios différents à partir desquels nous avons conçu l’acoustique, réalisée notamment grâce à des caissons à volets motorisés. C’est la position de ces derniers qui permet de régler l’effet recherché », poursuit Julien Campagne. Les caissons ont été fabriqués par Suscillon, Maison du groupe HASAP, qui a remporté le lot menuiserie intérieure et mobilier de l’appel d’offres. « La mise au point technique en bureau d’études a été très longue, explique Jean-Claude Dagaz, responsable technique du groupe HASAP. Nous avons conçu une structure métallique porteuse, mais désolidarisée du mur, sur laquelle s’accrochent les moteurs d’abord puis les caissons pivotants. » La structure faite de traverses qui rayonnent sur toute la pièce et les caissons devaient, selon les premiers plans de l’architecte, être réalisés en chêne massif. Pour des raisons de poids et de temps de séchage, l’entreprise a préconisé une structure métallique et des caissons vides, remplis de laine de roche, puis plaqués en chêne véritable. Suscillon a réalisé dans son atelier de 3 500 m2 un prototype grandeur nature de la structure d’un morceau de mur pour vérifier que les pièces s’accrochaient comme cela avait été prévu, ce qui a également permis au poseur de s’entraîner à souhait.

Les caissons modulables et les portes avec traitement acoustique sont plaqués vrai chêne

L’odyssée du bois

Pour ce qui est de la fabrication, les choses n’ont pas été beaucoup plus simples. L’entreprise Suscillon a travaillé sous Bim et les éléments en bois ont été traités avec la même minutie que la structure métallique. Et ce n’était pas une mince affaire quand on sait que l’auditorium compte au total 2 800m2 de placage chêne ! « Nous ne pouvions pas trouver en France une telle quantité de placage chêne dans la qualité préconisée. Nous nous sommes déplacés alors à l’usine que possède notre fournisseur hollandais en Roumanie, pour sélectionner nous-mêmes les éléments. Le collage et le pliage du placage ont été réalisés ensuite dans notre atelier de manière à ce qu’il n’y ait pas d’interruption visuelle. Les panneaux ont ensuite été teintés et vernis, toujours dans notre atelier. » Au total, ce sont 252 panneaux amovibles qui gèrent la plus grande partie de l’acoustique (36 dB d’affaiblissement) et une bonne centaine de panneaux supplémentaires, non amovibles. « Ils sont tous de la même dimension et, une fois posés, ressemblent à des écailles de poisson. Tout s’enchevêtre au millimètre près. Pour obtenir ce rendu parfaitement linéaire, la pièce devait être un carré droit parfait – effet obtenu grâce à la structure métallique, entièrement sur mesure. » La gestion de l’acoustique est complétée par deux doubles portes d’entrée et la porte d’accès latérale, plaquées chêne également. Les gradins sont quant à eux revêtus d’un parquet en chêne massif, à lames étroites de 10 mm, supportant le grand trafic. Résultat : une réalisation à la fois moderne et évocatrice d’un long passé où s’accordent pierre, bois et lumière naturelle.

Intervenants

Maîtrise d’ouvrage : Institut de France

Maîtrise d’ouvrage déléguée : Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la Culture (Oppic)

Maîtrise d’œuvre : Marc Barani, architecte ; Julien Campagne, chef de projet.

BET : Jean-Paul Lamoureux (acoustique), VS-A (façades), Alto Ingénierie (fluides), Ducks Scéno (scénographie), Khephren Ingénierie (structure), Evalue (économiste).

Agencement : Suscillon (Groupe HASAP)

Article écrit en partenariat avec Woodsurfer, à découvrir dans le numéro 115 du magazine